Une bastide médiévale sur les collines du Périgord. Voilà comment se présente Beaumont-du-Périgord, fondée en 1272 par Lucas de Thaney sous le règne du roi d’Angleterre Édouard Ier. Contrairement à ses voisines périgordines au plan quadrillé, elle dévoile un tracé urbain en “H” conçu en hommage à Henri III, témoignage d’une originalité architecturale qui défie le temps. Dans ce village où chaque pierre raconte l’histoire, j’ai arpenté ruelles et places pour percer ses secrets. Que reste-t-il aujourd’hui de cette cité fortifiée qui comptait jadis seize portes et 1500 âmes au Moyen Âge?
La bastide anglaise aux particularités uniques
Beaumont-du-Périgord surprend d’abord par son organisation spatiale atypique. Son plan en “H” la distingue radicalement des bastides environnantes, généralement construites selon un quadrillage régulier. Cette singularité n’est pas le fruit du hasard mais un hommage délibéré au roi Henri III d’Angleterre, père d’Édouard Ier.
Dès sa fondation, la bastide bénéficie d’un statut particulier. Un contrat de paréage, signé entre différentes autorités locales, accorde aux habitants des libertés exceptionnelles pour l’époque: droit de propriété et culture indépendante de l’ancien seigneur, faisant de Beaumont un lieu d’émancipation précoce.
L’absence de château, compensée par une enceinte fortifiée impressionnante, illustre l’équilibre des pouvoirs dans cette cité médiévale. Aujourd’hui, seule la porte Luzier subsiste des seize portes d’origine, classée Monument Historique et sentinelle de pierre rappelant l’ingéniosité défensive que l’on retrouve dans d’autres sites fortifiés français.
L’église fortifiée, joyau architectural entre ciel et terre
L’église Saint-Laurent-et-Saint-Front domine la bastide de sa silhouette massive. Édifiée au XIVe siècle, elle témoigne d’un gothique anglais flamboyant rarement observé dans la région. Plus qu’un lieu de culte, elle fut conçue comme un élément défensif essentiel.
Les deux tours défensives encadrant l’édifice rappellent sa double fonction: spirituelle et militaire. À l’intérieur, un puits préservé témoigne de la préparation aux sièges prolongés que la bastide a effectivement subis lors des guerres de religion.
Le portail, richement orné d’une frise historiée composée de vingt-quatre pièces juxtaposées, constitue un chef-d’œuvre narratif. Ces sculptures racontent autant l’histoire biblique que la vie quotidienne médiévale, offrant un témoignage rare de l’art médiéval périgordin qui complète admirablement le patrimoine historique des villages cévenols.
Un patrimoine vivant entre passé et présent
Beaumont-du-Périgord conserve un ensemble exceptionnel de 43 maisons médiévales, véritable trésor architectural. Les maisons à cornières sur la place centrale offrent un témoignage intact de l’habitat médiéval, record de conservation dans la région.
La halle centrale, récemment reconstruite en 2015 selon des études historiques précises, renoue avec sa fonction originelle. Ce projet ambitieux illustre la volonté de faire revivre l’esprit commercial de la bastide, tout en respectant son authenticité historique.
Les vestiges de peintures murales dans l’église, représentant notamment saint Jacques et un Christ en majesté, constituent un patrimoine artistique précieux. Ces œuvres témoignent d’une richesse culturelle comparable à celle d’autres villages français dont l’histoire singulière a façonné l’identité.
Les cicatrices des guerres de religion
Entre 1561 et 1585, Beaumont-du-Périgord connut quatre sièges majeurs durant les guerres de religion. La bastide changea plusieurs fois de mains entre protestants et catholiques, chaque bataille laissant son empreinte sur l’architecture et l’organisation de la cité.
Ces conflits expliquent les caractéristiques défensives omniprésentes: l’église fortifiée, les maisons à mur-écran, et l’ingéniosité des systèmes de protection urbaine. La bastide porte en elle la mémoire de ces affrontements qui ont profondément marqué l’histoire régionale.
FAQ: À la découverte de Beaumont-du-Périgord
Quelle est la meilleure période pour visiter Beaumont-du-Périgord?
Le printemps (avril-juin) et l’automne (septembre-octobre) offrent des températures agréables et moins de touristes. Les mardis sont particulièrement animés grâce au marché hebdomadaire qui se tient sur la place centrale.
Comment explorer efficacement la bastide?
Un circuit pédestre de 1,5 km permet de découvrir les principaux monuments. Commencez par la place centrale et son marché, puis visitez l’église fortifiée, les remparts et la porte Luzier, avant de vous perdre dans les ruelles médiévales.
Que reste-t-il à voir des fortifications originelles?
Outre la porte Luzier, des vestiges des remparts sont visibles en plusieurs points de la ville. L’église fortifiée constitue l’élément défensif le mieux conservé, avec ses tours et son architecture militaire remarquablement préservées.




